DESIGN INTUITIF
Au service du Féminin divin
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C'est quoi l'espace ?
« (…) une fois que nous avons établi un rapport avec les situations courantes de notre existence, il se peut que nous découvrions une vérité bouleversante. Pendant que nous buvons notre thé, nous remarquerons peut-être que nous le buvons dans le vide. En vérité, ce n’est pas nous qui buvons le thé, mais la vacuité de l’espace. Alors que nous nous occupons d’un détail tout à fait banal, celui-ci pourrait nous servir de point de repère pour comprendre l’inexistence des points de repère. Au moment d’enfiler notre pantalon ou notre jupe, nous pourrions découvrir que nous habillons l’espace. En nous maquillant, nous pourrions constater que nous appliquons du fard sur le vide, que nous embellissons l’espace, le pur néant.
   Ordinairement, l’espace évoque l’idée de quelque chose de vacant ou de mort, mais dans ce cas, l’espace est un vaste monde qui est capable d’absorber, de reconnaître, d’accueillir. On peut le maquiller, boire du thé avec lui, manger des gâteaux avec lui, cirer ses chaussures sur lui. Quelque chose est effectivement là. L’ironie est que si l’on regarde de près, on n’y trouve rien. Si l’on essaie de mettre le doigt dessus, on s’aperçoit qu’on n’a même pas de doigt à mettre dessus ! C’est cela, la nature primordiale de la bonté fondamentale, la nature qui permet à l’être humain de devenir un guerrier, le plus guerrier des guerriers.
   Au fond, le guerrier est quelqu’un qui n’a pas peur de l’espace, à l’inverse du lâche, qui est constamment terrifié par l’espace. Quand le lâche se retrouve seul dans la forêt et qu’il n’entend aucun bruit, il s’imagine qu’un fantôme le guette quelque part ; dans le silence, son esprit se met à fabriquer toutes sortes de monstres et de démons. Le lâche a peur de l’obscurité, car il n’y voit rien, et peur du silence, car il n’entend rien. La lâcheté, c’est de transformer l’inconditionnel en une situation de crainte par l’invention de points de repère et de conditions de tout ordre. Pour le guerrier, par contre, l’inconditionnel n’a pas à être conditionné ni limité, à être perçu comme positif ou négatif ; il peut tout simplement être neutre, tel qu’il est.
   Le monde du soleil couchant craint l’espace, la vérité non-référentielle. C’est un monde où les gens ont peur d’être vulnérables, de montrer leur chair, leurs os, leur moelle au monde ambiant. Ils ont peur de transcender les conditions et points de repère qu’ils se sont imposés à eux-mêmes. Dans le monde du soleil couchant, les gens croient à leurs points de repère de manière absolue. Ils s’imaginent qu’en s’ouvrant, ils risquent d’exposer une plaie ouverte aux microbes et à la maladie ; un vampire affamé se trouvant dans les parages pourrait humer le sang et venir les dévorer ! Le monde du soleil couchant nous enseigne à préserver notre chair et notre sang, à porter une armure pour nous protéger. Mais de quoi nous défendons-nous en réalité ? De l’espace !
   Si nous réussissons à nous blinder complètement, nous aurons peut-être une sensation de sécurité mais, en même temps, nous nous sentirons terriblement seuls. Ce ne sera pas la solitude du guerrier, mais la solitude du lâche qui se découvre prisonnier du cocon, coupé de l’affection humaine la plus essentielle. Nous ne savons plus comment nous enlever cette armure, nous ne savons absolument pas comment nous conduire sans le point de repère de notre propre sécurité. La voie du guerrier nous pose un défi : nous devons émerger du cocon et nous aventurer dans l’espace, en faisant preuve de vaillance et de douceur à la fois. Nous pouvons vraiment exposer nos blessures, notre chair, nos meurtrissures ».

Shambhala la voie sacrée du guerrier
Chögyam Trungpa - bouddhiste tibétain, fondateur de l’université Naropa
Chapitre : Le monarque universel
 
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« Notre demeure peut être aussi exiguë et restreinte qu'un studio d'une seule pièce ou aussi vaste qu'un manoir ou un hôtel. La manière d'organiser et d'entretenir cet espace est d'une importance capitale. Si l’espace est chaotique et désordonné, il n'y a pas un drala* qui voudra y entrer. Il ne s'agit pas de prendre des cours de décoration intérieure, ni de dépenser une fortune en meubles et tapis afin de créer un "environnement modèle". Pour le guerrier*, invoquer les dralas externes, c'est créer un environnement harmonieux, qui encourage à être plus conscient et plus attentif aux détails. Ainsi, le milieu physique favorise la discipline du guerrier. En outre, la manière dont nous organisons notre espace physique doit traduire un intérêt pour les autres, elle doit permettre le partage avec autrui au moyen d'une ambiance accueillante. Il ne s'agit pas de nous mettre en valeur par des attitudes affectées, mais au contraire de donner accès aux autres à notre monde ».

Shambhala la voie sacrée du guerrier
Chögyam Trungpa
Chapitre : Comment invoquer la magie

*Les dralas, dans le bouddhisme tibétain, sont plus ou moins l'équivalent du Chi dans la tradition chinoise du feng shui, c'est-à-dire l’énergie universelle.

*Le « guerrier » dans la tradition bouddhique shambhalienne est celui ou celle qui a bravé sa peur et sa lâcheté et qui fait preuve de vaillance et de douceur.
 
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Illustration du Soleil du Grand Est, allégorie d’une société éclairée
 
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